Lorsque recevoir le pardon de Dieu devient difficile

Jeune femme de dos devant une fenêtre, son visage apparaissant dans le reflet d'un miroir, illustrant la difficulté de recevoir le pardon de Dieu.

Il y a une réaction qui revient souvent lorsque je tombe.

« Ah… je suis encore tombée. C’est fini. J’ai déçu Dieu. Encore la même faute.
Mon cas est une peine perdue. Et moi qui parle de sainteté… »

Alors je me condamne. Je m’accuse.
Je me persuade que cette fois, Dieu doit être lassé de moi.

Pourtant…
Lorsque quelqu’un vient me confier une faute qu’il regrette sincèrement, ma réaction est tout autre.

J’ai envie de lui rappeler que Dieu est miséricordieux.
Qu’il relève. Qu’il pardonne.
Qu’aucune chute n’est trop grande pour sa grâce.

Une même situation. Mais deux regards différents.
Un même Dieu. Mais pas la même espérance.

Comme si recevoir le pardon de Dieu pour les autres était normal,
Mais le recevoir lorsque ma faute devient personnelle serai une erreur.
Comme si, moi, je devais être l’exception.

Celle qui n’a plus droit à l’erreur.
Celle qui aurait dû faire mieux.
et celle qui ne devrait plus tomber.

Alors une question s’est imposée à moi :

Pourquoi m’est-il parfois plus facile de croire au pardon de Dieu pour les autres… que de croire qu’il est aussi pour moi ?

Pourquoi est-il plus facile de croire au pardon de Dieu pour les autres ?

En y réfléchissant, je me suis rendue compte que cette différence de regard ne concernait pas seulement le pardon de Dieu.

Lorsque quelqu’un tombe, je continue de croire que Dieu peut le relever.
Je crois qu’il peut restaurer ce qui a été brisé.
Je crois que son histoire n’est pas terminée.

Mais lorsque c’est moi qui tombe… je ne regarde plus ce que Dieu peut faire.
Je regarde ce que j’ai fait… ou ce que j’aurais dû faire.

Je ne vois plus sa grâce.
Je ne vois plus son œuvre.
Je ne vois plus que ma chute.

Comme si une seule chute suffisait à effacer tout ce que Dieu avait commencé en moi.

Et, sans m’en rendre compte, je finis par croire que ce Dieu offre gratuitement aux autres, moi, je vais devoir le mériter.

Pourquoi suis-je capable d’accueillir avec tant d’espérance la chute d’un autre… alors que la mienne semble tout remettre en question ?

Et si le problème n’était pas seulement mon regard sur moi-même ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que le problème venait de moi.

Que je n’avais pas assez de foi.
Pas assez de discipline.
Pas assez de volonté.

Et je le reconnais : parfois, c’est bien le cas.

Il m’arrive de manquer de volonté.
Il m’arrive de manquer de sincérité.

Mais les fois où je suis vraiment sincère, qu’en est-il ?

J’essaie de faire mieux.
De tomber moins.
De prouver à Dieu que cette fois, je veux vraiment changer.

Comme si son pardon devenait plus crédible à mesure que mes efforts devenaient plus convaincants.

Mais, plus j’y pense, plus une autre question s’imposait à moi.

Et si le problème n’était pas seulement la manière dont je me regardais…
Et s’il révélait aussi quelque chose de la manière dont je regardais Dieu ?

Ce que j’oublie lorsque je tombe

Cette question m’a dérangée.
Parce qu’au fond, je connais les versets.

Je sais que Dieu est amour.
Qu’il est miséricordieux.
Qu’il pardonne.

Je pourrais même rappeler toutes les promesses de la Bible à quelqu’un qui en aurait besoin.

Alors pourquoi, lorsque c’est moi qui tombe, toutes ces vérités semblent-elles devenir silencieuses ?

Petit à petit, j’ai compris que le problème n’était pas ce que je savais de Dieu.
Le problème était la manière dont je le regardais.

Sans m’en rendre compte, je cessais de regarder Dieu tel qu’il est.
Je le regardais à travers moi.

J’imaginais sa déception à partir de mes propres déceptions.
Son exigence à partir des miennes.
Sa patience…
à partir de la mienne.

Sans m’en rendre compte, je façonnais un Dieu à mon image.

Il y a des vérités que nous connaissons depuis longtemps…
Jusqu’au jour où une circonstance révèle que nous n’en avons jamais vraiment pris conscience.

Je crois que c’est ce qui se passe lorsque je tombe.
Je sais que Dieu pardonne.

Mais, au moment où ma faute devient personnelle, cette vérité cesse d’habiter mon cœur.
Comme si tout ce que je sais de Dieu s’efface devant tout ce que je pense de moi.

Mais alors, qu’est-ce que j’oublie réellement lorsque je tombe ?

Est-ce son amour ? Je ne crois pas.

Je pourrais encore lire dans ma Bible que Dieu est amour.
Je pourrais encore rappeler cette vérité à quelqu’un qui souffre.

Est-ce son pardon ?

Je ne le crois pas davantage.
Le pardon, je sais qu’il existe.

Alors qu’est-ce qui disparaît de mon regard ?

Ce que j’oublie, ce n’est pas le pardon de Dieu.
C’est le prix de ce pardon.

J’oublie que, bien avant ma chute d’aujourd’hui, Dieu savait déjà qu’elle existerait.

Et pourtant…
Il a choisi la croix.

Ce que mes personnages m’ont appris sur le pardon de Dieu

Pourtant, elle a fini par me rejoindre dans un lieu inattendu : mon écriture.
Cette réflexion a fini par me rattraper jusque dans l’écriture.

En écrivant L’Altesse sans couronne, je me suis retrouvée à accompagner des personnages profondément imparfaits.

Je pense à Saphrel.
À Agate.
À Moldavio.

Aucun d’eux n’est défini par sa pire décision.

Tous portent des blessures.
Des contradictions.
Des fautes.

Pourtant, jamais je n’ai eu envie de les abandonner.

Au contraire.
C’est souvent au cœur de leur chute que j’avais le plus envie d’écrire leur relèvement.

Et cette pensée m’a arrêtée.

Si moi, créature imparfaite, je refuse de réduire mes personnages à leur pire faute…
Pourquoi suis-je si persuadée que Dieu, lui, me réduit à la mienne ?

Je ne sais pas si, la prochaine fois que je tomberai, je penserai immédiatement à tout cela.
La culpabilité parle souvent plus vite que la foi.

Mais j’espère me souvenir de cette question :
Suis-je prête à recevoir ce que Dieu m’offre gratuitement ?

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