Le silence de Jésus que je n’avais jamais entendu

Améthyste médite le silence de Jésus en lisant L'Altesse sans couronne aux côtés de sa Bible, sous la lumière de la lune.

Certaines lectures nous conduisent plus loin que l’histoire qu’elles racontent. Ce soir-là, en relisant le procès de Garyl dans L’Altesse sans couronne, je ne m’attendais pas à être arrêtée par le silence de Jésus devant ses accusateurs.

Lorsqu’Améthyste referme la porte de sa chambre, elle sent un silence l’accueillir comme un vieux compagnon de voyage.
La journée a été longue.
Les voix, les tâches, les pensées…
Tout semble enfin rester de l’autre côté de cette porte.

Près de la fenêtre, la lumière de la lune glisse lentement sur le parquet.
Les rideaux remuent à peine sous une brise légère.

Améthyste s’assoit sur son lit.
À son chevet reposent sa Bible et un roman : L’Altesse sans couronne.

Elle hésite entre les deux.
Puis ses mains finissent par se poser sur le roman.

Elle ouvre le livre sans empressement.
Elle ne cherche pas à avancer dans l’histoire.
Elle veut simplement demeurer.

Elle inspire profondément.
Puis reprend sa lecture.

Les pages défilent sous ses doigts.
Les scènes aussi.

Et progressivement Améthyste arrive au procès de Garyl.
Pour elle, rien de nouveau.

Le même chevalier.
Les mêmes fausses accusations.
La même condamnation. Le même verdict.
La même confusion dans le royaume.

Toutes ces scènes, Améthyste les connaît presque pas cœur.

Et pourtant…

Plus elle avance, plus un détail retient son attention.

Ce n’est pas la condamnation.
Ni l’injustice.
Encore moins les fausses accusations.

Ce qui l’arrête…
C’est l’attitude de Garyl.

Il est calme. Serein.
Et surtout… il ne cherche pas à se défendre.

« Mais… comment est-ce possible ? » pensa-t-elle.

Le silence de Garyl

Elle reprend le passage depuis le début.
Une fois. Puis une seconde.
Ses yeux s’arrêtent de nouveau sur les mêmes lignes.

Garyl ne dit presque rien.
Aucune protestation.
Aucune tentative pour convaincre les juges.
Pas Même une parole pour rappeler son innocence.

Comme si être reconnu innocent n’était pas sa priorité.

Améthyste referme doucement le livre sur son doigt, sans quitter la page des yeux. Elle essaie de comprendre.

Si elle avait été à sa place…

Elle aurait parlé.
Elle aurait expliqué.
Elle aurait cherché à faire éclater la vérité.

L’innocence mérite d’être défendue, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi ce silence ?
Pourquoi cette paix ?
Pourquoi accepter d’être regardé comme coupable lorsque l’on ne l’est pas ?

Améthyste rouvre le livre.

Elle relit les mêmes lignes. Rien n’a changé.

Pourtant, une impression étrange grandit en elle.

Ce silence…

Elle a déjà eu l’impression de le rencontrer quelque part.
Sans parvenir à se souvenir où.

De ce silence à un autre silence…

Améthyste laisse doucement retomber le livre sur ses genoux.
Son regard quitte les pages pour se perdre derrière la fenêtre.

Elle repense au visage de Garyl.
À son calme.
À cette étrange sérénité qui semblait résister à l’injustice.

Plus elle y pense… plus cette scène lui paraît familière.

Comme si elle l’avait déjà contemplée ailleurs.
Autre part. Autrement.

Elle ferme doucement les yeux.
Une autre scène commence à traverser sa mémoire.

Une cour.
Des hommes qui accusent.
Une foule agitée.
Un innocent.

Et ce même silence.
Le même calme.

Comme une présence qui refuse de répondre à la violence.

Améthyste rouvre les yeux.

Cette fois…
Son cœur ne cherche plus.
Il a reconnu ce silence.
Celui de la passion.

Le silence de Jésus pendant son procès

Presque machinalement, Améthyste tend la main vers la Bible restée sur sa table de nuit.

Ses doigts en effleurent la couverture.
Elle l’ouvre.
Les pages se tournent lentement.

Elle ne cherche pas un verset.
Elle revient simplement vers la Passion.
Ses yeux glissent d’une ligne à l’autre.

Les accusations.
Les faux témoins.
Les interrogatoires.

Puis… elle s’arrête.

Elle ne sait pas comment elle a pu passer si souvent à côté.

Jésus parle si peu.
Presque rien.

Face aux accusations.
Face aux mensonges.
Face à ceux qui réclament sa mort.

Il demeure là.
Debout.
Silencieux.

Pourquoi Jésus ne répond-il pas ?

Améthyste poursuit sa lecture.

Les accusations se succèdent.
Les paroles aussi.

Celles des chefs religieux.
Celles de la foule.
Celles de Pilate.

Tout le monde parle.
Tout le monde…
Sauf Lui.

Elle ralentit sa lecture.
Revient quelques lignes en arrière.
Relit.
Une fois.
Puis encore une autre fois.

Une pensée traverse soudain son esprit :

Jésus n’a jamais manqué de réponses durant son ministère.

Dans les Évangiles, il répond aux pharisiens.
Il répond aux docteurs de la loi.
Il répond à ceux qui cherchent à le piéger.
Même dans le désert, il répond à Satan par les Écritures.

Alors… pourquoi pas ici ?
Pourquoi maintenant ce silence ?

Quand Ésaïe éclaire le silence de Jésus

Améthyste demeure quelques instants immobile.

Son regard reste posé sur les Évangiles.

Puis, sans qu’elle sache vraiment pourquoi, une autre parole lui revient.
Comme un écho.
Comme un verset appris depuis longtemps.

« Maltraité et humilié, il n’ouvrit pas la bouche.
Semblable à un agneau que l’on mène à la boucherie,
à une brebis muette devant ceux qui la tondent,
il n’ouvrit pas la bouche. »
Es 53, 7

Elle relit lentement ces mots.
Puis revient aux Évangiles.

Les deux se répondent.
Comme si des siècles les séparaient… sans jamais les éloigner.

Elle relève doucement les yeux.

Ce silence…
Il n’était pas né dans le prétoire de Pilate.

Dieu en parlait déjà bien avant.

Améthyste demeure silencieuse.

Le silence de Jésus ne lui paraît plus vide.
Il porte quelque chose.
Elle ne saurait encore dire quoi.
Alors…
elle demeure là.

Un regard transformé par le silence de Jésus

Le roman repose toujours sur le lit.
Elle le reprend entre ses mains.

Le procès de Garyl n’a pas changé.
Les accusations sont les mêmes.
Le verdict aussi.

Elle laisse son regard courir sur les lignes qu’elle venait de lire quelques instants plus tôt.
Puis un léger sourire éclaire son visage.

Ce soir-là, ce n’était pas le roman qui avait changé.
C’était son regard.
Elle ne le lit plus avec les mêmes yeux.

La nuit est toujours là.
Paisible.
Comme si rien ne pressait.

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