Comprendre un personnage m’a empêchée de juger trop vite

Une jeune autrice observe le reflet de trois personnages de roman dans une fenêtre, symbole de la manière dont comprendre un personnage transforme aussi le regard de son créateur.

Pendant longtemps, je pensais que les personnages avaient pour rôle de faire avancer une intrigue.

Et, c’est vrai, quand on y pense. C’est, entre autres, la raison de leur existence.
À travers leurs dialogues et leurs actions, l’histoire évolue. L’intrigue prend place.
Les choses deviennent plus claires.

Et pourtant, lorsque je prends le temps d’analyser mes écrits, un même phénomène me surprend.
Quelque chose que je n’ai jamais vraiment cherché.

Comme si mes personnages faisaient en moi un travail silencieux que je n’avais jamais prévu.

Pourquoi créer un personnage demande plus qu’une intrigue

Lorsqu’un de mes personnages agit mal, je pourrais très vite le catégoriser comme « le méchant de mon histoire ».

Après tout, ses actions semblent le définir ainsi.
Un récit sans méchant à vaincre manque l’essentiel.

Et cette manière de réagir est souvent notre premier réflexe dans la vie aussi.

Mais si je m’arrêtais là, je ne pourrais plus écrire un personnage vrai.
Je risquerais de tomber dans la caricature.
Car pour écrire vrai, il faut aussi écrire des personnages vrais.

Et pour cela, comprendre un personnage demande plus qu’un seul regard.
Il me faut accepter d’entrer dans son histoire.
De regarder le monde comme il le voit.

Non pas pour l’excuser.
Encore moins pour l’encourager.

Mais pour comprendre ce qui l’a conduit jusque-là.
C’est peut-être à cet instant que quelque chose change en moi.

Lorsque j’enlève mon masque de juge pour devenir simplement témoin, je commence à voir le personnage tel qu’il est.

Je découvre ce qu’il a vécu.
Ce qu’il a perdu, ou croit avoir perdu.
Les blessures qu’il porte. Et peu à peu, il cesse d’être seulement le méchant. Ou le gentil.
Il devient un être humain.

Comprendre un personnage avant d’écrire ses actes

Lorsque je crée un personnage, je ne me demande pas d’abord ce qu’il va faire.
Je cherche d’abord à comprendre ce qui l’habite.

Ce qu’il croit.
Ce qu’il défend.
Ou ce qu’il espère.

Alors seulement viennent les décisions.
Certaines sont belles.
D’autres, beaucoup moins.
Mais elles ne tombent pas du ciel.
Elles naissent d’une histoire.

C’est en écrivant certains personnages que je m’en suis réellement aperçue.
Azura en fait partie.

Lorsque j’écrivais L’Altesse sans couronne, une chose était devenue évidente :

Pour qu’Azura puisse trahir la confiance du couple royal de la sorte, il lui fallait une raison valable… du moins de son point de vue à elle.

Dès lors, Azura ne se réduisait plus à la somme de ses décisions.
Elle portait une histoire.
Des fidélités invisibles.
Des promesses anciennes.

Et c’est seulement après cela que ses actes devenaient crédibles.

Quand comprendre un personnage change notre regard

Je croyais que cette manière de regarder n’était utile que lorsque j’écrivais.
Qu’elle restait seulement dans mes manuscrits.
Mais peu à peu, j’ai commencé à remarquer un étrange déplacement.

Il m’arrive de rencontrer une personne dont les choix me déroutent.

Je pourrais m’arrêter à ce que je vois.
À ses paroles.
Aux faits.

Et pourtant, sans le vouloir, une autre question surgit.

Pourquoi agit-il ainsi ?
Quelle est l’histoire derrière ces actes ?

Et sans faire exprès, j’imagine un personnage issu de cette situation.

Non pas pour raconter la vie de cette personne.
Encore moins pour la juger à travers la fiction.

Mais simplement pour essayer de la comprendre.

Parce qu’écrire m’aide parfois à entrer dans une logique qui n’est pas la mienne.

À regarder le monde depuis une position que je n’occupe pas.

Et non.
Je n’essaie pas d’excuser tout le monde.
Ou peut-être…

N’est-ce pas l’une des façons dont la charité commence son œuvre ?

Mais comprendre ne signifie pas toujours approuver.
Je ne comprendrai pas toujours ce que cette personne a fait.
Mais je comprendrai un peu mieux ce qui a pu la conduire jusque-là.

Lorsque mes personnages me suivent dans la vraie vie

Il y a quelque temps, je me suis surprise à faire cet exercice avec des personnes qui ne sortaient d’aucun roman.

Mes propres parents.

Pendant longtemps, certaines de leurs décisions m’étaient restées incompréhensibles.
J’avais les faits.
Les souvenirs.
Et parfois, des blessures.

Puis une question est revenue.
Celle que mes personnages me posaient depuis des années.

Quelle histoire ai-je oubliée avant de porter mon jugement ?

Je n’ai pas obtenu toutes les réponses.
Peut-être que je ne les aurai jamais.

Mais quelque chose avait déjà changé.
Mon regard.

Et si certains personnages n’étaient finalement pas écrits seulement pour raconter une histoire… mais pour apprendre, peu à peu, à regarder autrement ?

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