La crainte de Dieu — il pensait bien faire

Main tendue vers un objet sans le toucher, illustrant la crainte de Dieu et la limite invisible dans la relation avec Dieu

Le matin est encore jeune.
La lumière entre doucement par la fenêtre, sans brusquer la pièce.

Améthyste est assise, immobile, le livre ouvert entre ses mains.
Elle est dans 2 Samuel chapitre 6.

Elle lit lentement. Sans se presser.
Comme on reste un peu plus longtemps là où l’on aime être.

Le récit se déploie devant elle.

David.
Le peuple.
L’arche que l’on transporte.

Il y a du mouvement.
De la joie.
Quelque chose de solennel aussi.

Et en elle, rien ne résiste.

Au contraire.

Tout lui semble juste.

Un homme qui veut honorer Dieu.
Un peuple rassemblé.
Un geste qui paraît respectueux.

Cela ressemble à de l’amour.
À ce qu’elle appellerait, sans hésiter, la crainte de Dieu.

Alors elle continue.

Elle lit comme on approuve.
Comme on reconnaît quelque chose de bon.

Jusqu’à ce que tout s’interrompe.

Le geste qui brise le mouvement

Puis, soudain, le récit se resserre.

Un instant.

Un geste.

Uzza étend la main.

« Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit…
et il mourut là. » (2 Samuel 6:6-7)

Améthyste s’arrête.

Elle relit. Plus lentement.

Le contraste est brutal.

La joie… interrompue.
La célébration…brisée.

Améthyste ne tourne plus la page.
Quelque chose en elle résiste.

Pourquoi ?

Quand la crainte de Dieu devient incomprise

Alors, naturellement, elle cherche.

Elle revient au texte.
Encore une fois.
Puis une autre.

Mais rien ne s’éclaire immédiatement.

Une pensée s’impose : Il n’a rien fait de mal.

Il a voulu aider.
Empêcher que l’arche tombe.
Protéger ce qui est sacré.

Et pourtant…

Elle reste là.
Entre incompréhension et malaise.

Comme si ce qu’elle lisait ne correspondait pas à ce qu’elle croyait savoir de Dieu.

Pourtant, en poursuivant la lecture…

Elle avance.
Pas vite.
Mais assez pour ne pas rester bloquée.

Et peu à peu, quelque chose apparaît.

Pas dans un grand éclair.
Plutôt dans un détail.
Un déplacement discret.

Ce n’était pas la manière de Dieu.

Mais l’arche… sur un char.
Comme chez les Philistins.
Pas portée.
Pas selon ce qui avait été demandé.

Alors ce n’est plus seulement le geste d’Uzza.
C’est tout le cadre. Toute la scène.

Tout ce qui semblait juste… ne l’était pas entièrement.

Et si la crainte de Dieu ne ressemblait pas à ce qu’elle pensait ?

Une pensée s’installe.
Lente.
Presque inconfortable.

Et si l’intention ne suffisait pas ?

Et si le respect visible pouvait masquer un écart invisible ?

Améthyste ne dit rien.
Mais en elle, quelque chose bascule.

Uzza était proche. Très proche.
Assez proche pour intervenir.

Mais pas assez conscient de ce qui lui était interdit.

Alors elle comprend autrement.

La proximité… n’est pas une autorisation.

Et la crainte de Dieu ne disparaît pas parce qu’on se sent proche.

« Servez l’Éternel avec crainte… » (Psaume 2:11)

Ainsi, le regard change

Améthyste ne voit plus la scène comme avant.

Ce n’est plus seulement un homme frappé.
C’est une ligne franchie.

Sans violence.
Sans intention mauvaise.
Mais franchie quand même.

Et cela la dérange encore.

Mais autrement. Plus profondément.

Et moi… qu’est-ce que je fais de la crainte de Dieu ?

Alors, doucement, le texte se déplace.

Ce n’est plus Uzza.

C’est elle.

Elle pense à ses gestes.

À ses habitudes.

À cette manière parfois
d’approcher Dieu
sans même y penser.

Pas par rébellion.

Mais par familiarité.


Le matin est toujours là.
La lumière n’a presque pas changé.

Mais en elle, quelque chose est différent.

Elle ne lit plus. Elle reste.


Puis une question vient.
Plus lente.
Plus profonde.

Et si, à force de s’approcher… on finissait par oublier la crainte de Dieu ?

Elle ne la retient pas.

Elle ne cherche pas à y répondre.

Et peu à peu, ce n’est plus seulement son histoire.
Ni seulement celle d’Uzza.

C’est une question qui demeure.
Silencieuse.
Ouverte.

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