À qui j’écris vraiment : une question qui ne disparaît pas

Personne écrivant dans un carnet, illustrant la question à qui j’écris vraiment et la réflexion intérieure sur l’écriture

À qui j’écris vraiment ?

Cette question demeure, même une fois le texte publié.
Elle reste.
Elle revient autrement.

Comme si publier ne résolvait pas tout.
Comme si quelque chose continuait de chercher sa place.

Une tension déjà présente au moment de publier sans se trahir.

J’écris.
Les mots sont posés. Les phrases sont alignées.
Le texte existe. Il est vrai.

Et pourtant, cela ne suffit pas à répondre.

Parce qu’il y a toujours, quelque part, quelqu’un qui lit.
Mais savoir cela ne dit pas encore à qui j’écris vraiment.

Je n’écris pas pour plaire

Oui, je n’écris pas pour plaire. Je ne cherche pas à séduire.
Encore moins à rendre le texte plus acceptable pour qu’il soit mieux reçu.

Ce n’est pas ce qui guide mon écriture aujourd’hui.
Je l’avoue : cela n’a pas toujours été le cas.

Parce qu’au moment où je commence à ajuster pour être comprise à tout prix, quelque chose se désaligne.

Le texte devient plus lisse.
Plus explicatif.
Mais moins fidèle.

Et ce que je perds à cet endroit est plus important que ce que je pourrais gagner.

Cependant, cela ne signifie pas que j’écris dans le vide.

Je n’écris pas non plus dans le vide

Le texte ne reste pas seul. Il circule, il rencontre, il est lu.

Il y a toujours, quelque part, quelqu’un qui reçoit ces mots, même si je ne sais pas qui, même si je ne le verrai jamais.

Cette présence existe, discrète mais réelle.

Certes, elle ne guide pas ce que j’écris, mais je ne peux pas non plus faire comme si elle n’existait pas.

Elle est là, en arrière-plan.
Sans s’imposer, sans diriger.

Et c’est justement dans cet équilibre que la tension demeure.

À qui j’écris vraiment : entre ce qui m’est donné et celui qui lit

Il y a autre chose, plus difficile à nommer.

Parce que je n’écris pas seulement à partir de moi.

Il y a des mots qui s’imposent.
Des phrases que je ne cherche pas vraiment.

Comme si quelque chose me précédait.

Alors, je ne me considère pas comme celle qui produit.

Je reçois, et j’essaie de rester fidèle à ce qui m’est confié.

Le texte ne m’appartient pas entièrement.
Et pourtant, il passe par moi.

Entre ce qui m’est donné et celui qui lit, je me tiens là.
Sans tout maîtriser. Sans tout comprendre.

Ainsi, la question devient-elle plus subtile.

Parce qu’au moment où le texte est lu, il ne m’appartient plus.

Il est reçu autrement.

Parfois compris. Parfois déplacé.
Ou même détourné.

Et je ne peux rien y faire.

Je ne peux pas contrôler ce que l’autre y voit.
Ni ce qu’il en retient.
Ni ce que cela vient toucher en lui.

Le même texte ne produit jamais la même chose.
Parfois, il ne produit rien.

C’est pourquoi je ne peux pas écrire en fonction de celui qui lit.

Je ne suis pas celle qui dirige.
Je suis simplement celle par qui cela passe.

Et pourtant, cela ne rend pas la réponse plus simple.

À qui j’écris vraiment

Alors, à qui j’écris vraiment ?

La réponse n’est pas aussi simple que je pourrais le croire.

Je n’écris pas pour plaire.
Mais je n’écris pas non plus dans le vide.

Je ne suis pas à l’origine de tout ce qui s’écrit.
Et je ne maîtrise pas tout ce qui sera reçu.

Entre ce qui m’est confié et celui qui lit, quelque chose circule.

Et je me tiens là, sans pouvoir en fixer complètement le sens.

Peut-être que la réponse ne tient pas dans un “qui”.
Mais dans une position.

Rester fidèle à ce qui m’est donné, et laisser le texte aller là où il doit aller.

Sans le retenir. Ni le déformer.
Sans chercher à le diriger.

Et peut-être que cela suffit.

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