Écrire vrai : quand le texte nous atteint aussi

Jeune femme noire écrivant dans un carnet, illustrant le fait d’écrire vrai et de se laisser atteindre par le texte

Il y a des textes qui avancent vite. Et d’autres qui résistent.

Je peux rester des jours sur quelques lignes.
Revenir sur un passage sans réussir à le traverser complètement.

Et pourtant, les mots sont là. Le sujet aussi.
Mais quelque chose retient le texte.

Longtemps, j’ai cru que cela venait de l’écriture elle-même.
D’un manque de clarté.
D’un problème de structure.

Puis j’ai compris autre chose.

Certains textes n’attendent pas seulement d’être écrits.
Ils demandent que je me laisse atteindre par eux.

Écrire vrai : quand le texte résiste

Il y a des passages que j’écris avec facilité, presque avec fluidité.
Et d’autres devant lesquels quelque chose en moi recule.
Pas parce que je ne sais pas quoi dire.
Mais parce que le texte touche un endroit que je n’avais pas prévu de regarder.

Alors, je ralentis.
Je contourne certaines phrases.

J’essaie parfois de rendre le texte plus extérieur, plus général, comme pour éviter qu’il me concerne trop directement.

Mais cela se sent.
Le texte perd en densité.
Comme si quelque chose refusait de s’y engager complètement.

Et souvent, c’est à cet endroit précis que je comprends que le problème n’est pas le texte.
C’est ce qu’il vient toucher en moi.

Une manière d’écrire que j’avais déjà commencé à percevoir dans mon article sur l’écriture incarnée.

Écrire vrai demande parfois de ne pas se protéger

Pendant longtemps, j’ai cru qu’écrire consistait surtout à trouver les bons mots.
Aujourd’hui, je sais que cela demande parfois autre chose : Ne pas se protéger trop vite.

Il y a des textes qui ne supportent pas que je reste à distance d’eux.
Dès que je commence à contourner ce qui me dérange, le texte devient plus propre, mais moins vivant.

Les phrases tiennent.
Mais elles ne portent plus la même densité.
Comme si quelque chose s’était retiré.

Alors j’apprends à rester là.
À ne pas fuir trop rapidement ce que le texte met en lumière.
Non pas pour me dévoiler entièrement.
Mais parce que certains textes demandent que j’accepte d’être atteinte avant de vouloir atteindre quelqu’un d’autre.

Tant que je me protège, le texte reste bloqué

Il m’est arrivé de vouloir continuer malgré tout. Forcer le texte à avancer.

Je me rappelle que dans mon troisième livre, le personnage principal réalisait que Jésus n’était pas seulement Sauveur, mais aussi Seigneur, quelqu’un à qui il fallait se soumettre.

Et dans mon for intérieur, une question s’est imposée :
moi-même, est-ce que je reconnais réellement Dieu comme Seigneur dans ma vie ?

Pas seulement dans ce que je crois.
Mais dans ma manière de vivre.

Dans mon quatrième livre, le personnage principal portait une profonde aversion envers son père.
Et lorsqu’elle a fini par lui pardonner, je me suis surprise à regarder en moi-même pour voir si quelqu’un y était encore retenu.

Il est possible d’écrire des choses que l’on n’a pas encore véritablement laissées traverser sa propre vie.

Le texte avance alors.
Les paragraphes s’enchaînent.
Tout semble tenir.

Et pourtant au fond, je sens que quelque chose manque.
Le texte est là, mais il ne respire pas complètement.
Comme s’il restait à la surface de lui-même.

Avec le temps, j’ai compris que certains blocages ne demandent pas plus de technique.
Ils demandent que j’accepte de regarder ce que j’essaie encore d’éviter.

Tant que je reste protégée de cela, le texte avance peut-être.
Mais il n’entre jamais vraiment quelque part.

Une tension qui rejoint aussi ce que j’explorais dans mon article sur à qui j’écris vraiment.

Écrire vrai : accepter d’être atteinte aussi

Aujourd’hui, je crois que certains textes ne demandent pas seulement du temps ou de la technique. Ils demandent autre chose.

Une forme d’honnêteté intérieure.
La capacité de ne pas contourner trop vite ce qu’ils révèlent.

Écrire vrai ne signifie pas tout dévoiler.

Mais parfois, cela demande d’accepter que le texte atteigne aussi celle qui l’écrit.
Sans cela, les mots peuvent être justes.
Mais ils restent à distance.

Alors, j’apprends à ne plus seulement chercher les bonnes phrases.
J’apprends aussi à rester présente à ce que l’écriture met en lumière.
Même lorsque cela me concerne davantage que je ne l’avais prévu.

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