
Je ne cesse de le répéter : je n’écris pas par envie, mais par nécessité.
Mon écriture n’est pas un loisir, encore moins un exercice de style. Elle est une réponse à un appel. C’est pourquoi je parle d’écriture spirituelle. Non pas une écriture décorative, mais une écriture obéissante, enracinée, consciente de sa source.
Avant même le premier mot, il se passe quelque chose.
Un déplacement intérieur.
Un moment où je ne produis rien, où je ne cherche pas encore à écrire, mais où quelque chose s’ordonne lentement, sans bruit.
C’est là que tout commence.
L’écriture spirituelle ne commence pas sur la page
Je n’entre pas dans l’écriture en ouvrant un document ou en alignant des phrases.
J’y entre quand une tension s’installe.
Ce n’est pas une agitation stérile, mais une insistance intérieure. Je ne suis plus tranquille. Mes interactions avec les autres, mes lectures, parfois même mes temps de prière convergent vers un même point. Un fait, un phénomène, une situation réclame d’être nommé, éclairé, mis en mots.
À ce moment-là, je comprends que je ne suis plus libre de me taire.
L’écriture spirituelle commence précisément là : quand le silence devient trop lourd pour être gardé.
Si cet état n’est pas présent, je peux relire, corriger, ajuster des textes existants. Mais je n’écris pas vraiment.
Alors j’attends.
Ou je renonce pour ce jour-là.
Le silence comme seuil de l’écriture spirituelle
Mais avant d’écrire, je traverse toujours un silence.
Pas celui qui calme, mais celui qui déplace.
Un seuil.
Tant que je ne l’ai pas franchi, je n’écris pas.
Ce silence est une suspension volontaire. Un retrait conscient. Je sais que je ne peux pas écouter ma source — Dieu — dans un état d’agitation, de dispersion ou de pression intérieure. L’écriture spirituelle exige une écoute nette.
Dans ce silence, je fais taire plusieurs choses :
- l’obligation de produire
- l’envie de bien faire
- la peur d’être mal comprise
- la tentation de plaire
- le besoin de contrôler le résultat
Ce silence n’est pas vide.
Il est habité.
C’est là que je cesse de vouloir dire quelque chose, pour recevoir ce qui doit être dit.
Ce silence, cette écoute, cette nécessité ne sont pas abstraits : ils s’inscrivent dans une façon très concrète d’écrire et de répondre à l’appel reçu.
Une attitude intérieure, pas une discipline
Je ne cherche pas à écrire ce qui est beau.
Je cherche à écrire ce qui est vrai.
Et pour cela, je dois me relier à Celui qui est la vérité : Jésus. Sans cette connexion, mes mots peuvent être justes en apparence, mais ils sonnent creux. L’écriture spirituelle ne supporte pas la dissonance intérieure.
Je n’ai pas de rituel fixe, ni d’horaire sacré. Ce que je cherche avant tout, c’est une disponibilité.
Être assez ouverte pour écouter.
Assez honnête pour ne pas forcer.
Assez tendue intérieurement pour ne pas me disperser.
J’accorde une grande importance à la légitimité. Non pas la légitimité littéraire ou technique, mais la légitimité intérieure. Ai-je reçu quelque chose à dire sur ce sujet ? Ai-je, au moins partiellement, traversé ce que j’écris ?
Lorsque je donne un conseil, je m’assure de l’appliquer moi-même. Autrement, je me sentirais imposteur. Et l’écriture spirituelle ne tolère pas l’imposture.
Si je sens que je glisse vers la performance, l’imitation ou l’empressement, je m’arrête.
Je préfère ne pas écrire plutôt que d’écrire faux.
Quand je sais que je dois entrer dans l’écriture spirituelle
Je sais que je peux entrer dans l’écriture — notamment pour un roman — quand quelque chose résiste doucement.
Pas une urgence fébrile.
Une nécessité calme.
Le même sujet revient.
Dans mes temps d’intimité avec Dieu.
Dans mes pensées.
Dans des phrases qui s’imposent sans demander mon avis.
Des images apparaissent.
Des fragments de scènes prennent place.
Un fil narratif commence à se tendre.
À ce stade, je n’ai pas encore de plan précis. Mais je sais que si je n’écris pas, je désobéis à quelque chose de plus grand que moi.
Ce que je refuse avant d’entrer en écriture spirituelle
Je n’écris que si je ressens l’inspiration.
Et lorsque l’inspiration se retire, je ne force pas.
Je refuse d’écrire pour remplir des pages.
Je refuse d’écrire sous pression.
Je refuse d’écrire pour répondre à une attente extérieure.
Je crois profondément que Dieu peut se servir de mots pour exhorter, consoler, éclairer. Mais ces mots doivent être reçus, non arrachés.
Écrire sous contrainte me donne des pages.
Mais pas un texte.
Or je n’écris pas pour accumuler.
J’écris pour dire juste.
À ce moment-là, je laisse la voix se poser. Je laisse Dieu décider du ton, de la portée, parfois même de la retenue. Tout ne doit pas être dit. Tout ne m’est pas donné à dire.
Pourquoi ce temps invisible est indispensable
Ce temps invisible me permet de rester fidèle à moi-même.
Il donne de la densité et de la profondeur aux sujets que j’aborde.
Il me garde dans une posture juste.
Écrire vrai, pour moi, ce n’est pas écrire avec certitude sur tout.
C’est écrire en reconnaissant aussi mes lacunes.
Je n’ai pas le monopole du savoir. Je n’écris que ce que Dieu a bien voulu me faire comprendre — et je sais que ce n’est qu’une infime partie.
Sans ce passage intérieur, l’écriture devient bavardage.
Avec lui, même peu de mots peuvent porter loin.
Quand l’écriture commence réellement
Une fois entrée dans cet état, je n’ai pas toujours de plan.
Souvent, je ne sais toujours pas où je vais.
Mais je sais pourquoi j’écris.
Et cela change tout.
Savoir pourquoi l’on écrit, surtout dans une démarche d’écriture spirituelle, est plus important que de savoir comment on écrit. Le sens précède la forme. Toujours.
C’est là que l’écriture commence réellement.
Conclusion
L’écriture spirituelle n’est pas une technique.
C’est une posture.
Une écoute.
Une obéissance intérieure.
Je n’écris pas pour être entendue.
J’écris pour être fidèle.
Et si cela touche quelqu’un, alors l’écriture a accompli ce pour quoi elle a été permise.