Jonathan, ou l’art d’aimer sans être choisi

 Jonathan regarde David, marchant vers la lumière 
 Jonathan regarde David, marchant vers la lumière 

Améthyste poursuit sa lecture du livre de 1 Samuel avec une attention presque fébrile.
Elle avance lentement, verset après verset, animée par une même prière intérieure :
Ne laisser aucune parole de Dieu tomber à terre.

Depuis plusieurs jours, elle médite les figures qui traversent ce livre.
Des rois, des prophètes, des guerriers.
Des hommes appelés, des hommes déchus.

Et puis, presque sans prévenir, elle tombe sur Jonathan.

Un nom qu’elle connaissait déjà.
Mais qu’elle n’avait jamais vraiment regardé.

Jonathan, l’homme qui accepte de s’effacer

Au fil des chapitres, une évidence s’impose à Améthyste :
Jonathan aurait pu être roi.

Fils de Saül.
Héritier légitime.
Choisi par le sang.

Et pourtant, Jonathan voit clair.
Il reconnaît la main de Dieu sur David, celui qui, humainement, aurait dû être son rival.

Alors Jonathan fait un choix que peu feraient.

Il accepte la volonté de Dieu, même lorsqu’elle joue en sa défaveur.
Il ne résiste pas et ne négocie pas.
Il ne cherche pas à préserver une place.

Et il prie même pour que David grandisse, pendant que lui, reste derrière.

« Tu régneras sur Israël, et moi je serai au second rang auprès de toi. »
(1 Samuel 23:17)

Améthyste s’arrête là-dessus longtemps.

Accepter la volonté de Dieu quand elle nous élève…
elle connaît.

Mais l’accepter quand elle nous décentre ?
Quand elle nous enlève ce qui semblait nous revenir de droit ?

Cet homme n’a pas lutté.
Il s’est aligné.

Aimer sans rivalité

Ensuite, elle lit encore.

Et elle découvre que Jonathan n’a pas seulement accepté.
Il a aimé.

Il a aimé David d’un amour pur, franc, dépouillé de calcul.

« Jonathan s’attacha à David, et l’aima comme son âme. »
(1 Samuel 18:1)

Pas un amour intéressé.
Pas un amour stratégique.
Un amour sans garantie de retour.

Jonathan aime celui qui prendra sa place.
Il aime celui que Dieu a choisi à sa place.

Et plus Améthyste lit, plus elle comprend :
Jonathan n’aime pas parce qu’il est aimé.
Il aime parce que son cœur est libre de toute jalousie.

Améthyste sent son cœur se serrer doucement.

Aimer sans attendre…c’est plus difficile que renoncer.

Donner quand on pourrait retenir

Puis vient ce geste.

Jonathan se dépouille de son manteau.
Son épée.
Son arc.
Sa ceinture.

Il donne à David ce qui symbolise son rang, sa force, son avenir.

« Jonathan ôta le manteau qu’il portait et le donna à David. »
(1 Samuel 18:4)

Améthyste relit ce passage plusieurs fois.

Quand on est en position de garder, Jonathan donne.
Quand il pourrait exiger, il se retire.
Et lorsqu’il pourrait protéger ses intérêts, il choisit la fidélité.

Ce n’est plus seulement admirable.
C’est dérangeant.

Jonathan, un caractère rare devant Dieu

Améthyste ferme les yeux.

Elle réalise que Jonathan n’a jamais été le personnage principal du récit.
Et pourtant, quelle grandeur.

Il n’a pas écrit l’histoire avec son nom en lettres capitales.
Mais il a marqué le cœur de Dieu par sa posture.

Il n’a pas cherché à être premier.
Il a cherché à être juste.

Et Améthyste comprend alors quelque chose d’essentiel :
Dieu ne cherche pas toujours des rois.
Il cherche des Jonathan.

Des hommes et des femmes capables d’aimer sans posséder.
De soutenir sans dominer.
De servir sans être vus.

Jonathan, un miroir tendu à Améthyste

À ce stade de sa méditation, Améthyste ne lit plus pour comprendre Jonathan.
Elle lit pour se comprendre elle-même.

Car une question s’impose, silencieuse mais insistante :
dans la vie de qui suis-je appelée à être un Jonathan ?

Pourrais-je soutenir ce que Dieu fait chez l’autre, même si cela me place en arrière-plan ?

Suis-je capable de me réjouir sincèrement quand l’autre avance plus loin que moi ?
Suis-je capable d’aimer sans attendre de reconnaissance ?
Puis-je rester fidèle même quand je ne suis pas choisie ?

Jonathan ne parle pas beaucoup dans le texte.
Mais son caractère crie.

Une prière murmurée, à la fin de la lecture

Améthyste ne referme pas sa Bible.

Elle reste là,
les mains posées sur les pages,
comme on garde une porte entrouverte.

Jonathan n’a rien réclamé.
Il n’a pas cherché à être vu.
Il a aimé, simplement, jusqu’au bout de ce qu’il pouvait donner.

Un amour sans calcul, sans contrat.
Un amour qui accepte de rester second.

Le silence s’étire.
Puis, très doucement, une prière monte.
Pas une prière apprise.
Une prière nue.

« Seigneur…
apprends-moi à aimer comme Jonathan.
À me réjouir quand l’autre grandit.
À ne pas retenir ce que Tu as déjà donné.
Fais de moi
le soutien discret,
la fidélité sans attente,
le cœur qui ne cherche pas sa place. »

Elle se tait.

La Bible est toujours ouverte.
La prière aussi.


Dans ses méditations précédentes, Améthyste avait déjà été marquée par…
David, un cœur selon Dieu

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